Réformabolitionisme

Le réformabolitionisme est une stratégie consistant à militer pour l'amélioration d'une condition avec pour finalité de l'abolir. Un synonyme possible est abolitio-welfarisme. La phase d'amélioration d'une condition est réformiste et peut aussi alternativement être qualifié de welfariste (qui est un terme issu de l'anglais et de l'animalisme). La phase finale est abolitionniste.

Par exemple, on peut penser qu'il faut abolir le viol, mais puisque la population ne serait pas encore prête, alors on peut en attendant promouvoir des réformes qu'elle serait sucesptible d'accepter et qui ferait moins souffrir les individus violés. On peut aussi proposer un exemple dans le cadre du capitalisme : le prolétariat est objectivement exploité par la bourgeoisie, on peut donc vouloir la fin de cette organisation sociale, mais on peut penser que le prolétariat n'est pas encore en mesure de s'en débarrasser, donc on peut pour le moment pousser des réformes visant à un mieux-être sans éliminer le problème fondamental pour le moment (comme le contrat de travail et une augmentation des salaires), et cela peut amener à être qualifié d'idiot utile du capitalisme.

On peut penser que promouvoir l'amélioration d'une condition peut contribuer à la légitimer et donc nuire à son éventuelle abolition. De plus, cela peut contribuer à la rendre moins douloureuse, c'est d'ailleurs le but temporairement recherché de l'abolitio-welfarisme, ce qui peut nuire à une remise en cause fondamentale et donc à une éventuelle abolition, au moins en retardant.

Réformabolitionisme et animalisme

Dans le cadre de l'animalisme, le terme "néo-welfarisme" est notamment utilisé dans le francionisme, et celui-ci équivaut au réformabolitionisme dans ce contexte sur le contenu, mais Gary Francione s'est notoirement opposé au welfarisme comme anti-abolitionisme et on peut donc penser qu'il serait contre un tel terme. Toutefois il ne l'est peut-être que dans tous les cas, puisqu'il ne semble pas contre les conquis sociaux dans le capitalisme (qui sont de facto du welfarisme), alors même qu'il n'est pas un zélote de ce système politique, bien qu'il ne semble pas pour autant être radicalement contre (et exprimer autrement cela signifie qu'il n'est pas clair s'il est ou pas abolitionniste sur cela).

Réformabolitionisme et sexisme

Promouvoir une réforme du patriarcat pour l'amoindrir et se féliciter si elle est mise en application est à priori généralement jugé comme sexiste, en tout cas au moins par les féministes, et ce même s'il y aurait une volonté abolitionniste. Gary Francione s'appuie notamment là-dessus en faisant un parallèle avec l'animalisme et c'est ainsi qu'il en conclut que le welfarisme animaliste s'oppose à l'abolitionnisme animaliste. Ces adversaires ou plutôt certains d'entre eux sont renvoyés au fait que le welfarisme pour le sexisme serait nécessairement sexiste et que ne pas en penser de même pour les animaux non-humains serait symptomatique d'une moindre évaluation des intérêts des animaux non-humains et donc in fine le spécisme serait à l'oeuvre, de la même manière qu le serait nécessairement le sexisme pour les mesures visant à amoindrir la violence du patriarcat.

Le sexisme, comme le racisme et le spécisme, n'a pas besoin d'une base légale. De ce fait, il ne peut être aboli par décret, même si le décret n'engendrerait pas une réaction suffisante pour l'anéantir (comme il en a été le cas pour la propriété privée sacrée). Toutefois un décret qui interdirait le sexisme serait néanmoins une aide précieuse bien qu'insuffisant. En effet, le sexisme est ancré dans les individus, c'est un long processus de socialisation sur de nombreuses générations, et il peut se manifester n'importe où avec en conséquence une difficulté à le constater avec certitude (à moins de faire prévaloir la présomption de culpabilité), contrairement par exemple au capitalisme qui s'appuie notamment sur la propriété patrimoniale lucrative. Par rapport au capitalisme, étant moindre à la fois la disymétrie de pouvoir entre la classe dominée et celle dominante (donc le danger de la fureur de l'éventuelle réaction) et l'effectivité d'un décret, on peut penser que le réformisme en ce qui concerne le sexisme est beaucoup moins justifiable, voire pas du tout.

Réformabolitionisme et capitalisme

Réformabolitionisme et syndicalisme

Le syndicalisme dans le capitalisme s'est historiquement avéré de fait être réformiste. Dans certains cas, il visait à terme l'abolition du capitalisme et la réalisation du communisme, comme c'est typiquement le cas du syndicalisme révolutionnaire et de l'anarcho-syndicalisme, avec la Confederación Nacional del Trabajo comme exemple le plus abouti au 20ème siècle.

On peut considérer que certaines réformes obtenues notamment par le syndicalisme de lutte ont réalisé une subversion partielle des rapports capitalistes. L'institutionalisation du travail sous une forme partiellement nouvelle (comme l'a par exemple décrit Claude Didry aux éditions La Dispute) peut être considérée comme un exemple, qui poussée plus loin pourrait permettre la réalisation entière d'un post-capitalisme et serait donc un embryon d'une éventuelle société nouvelle, comme le défend par exemple Bernard Friot et Réseau Salariat. Cela peut amener à penser que certaines réformes sont certes welfaristes et qu'elles peuvent toutefois être un prémice d'une éventuelle abolition à venir, sans que ce soit pour autant automatique même si on juge qu'elles en ont le potentiel (comme Nicolas Castel, dans un livre aux éditions La Dispute, l'a par exemple analysé avec la retraitre des syndicats, qui se sont retranchées derrière l'idée de la retraite comme revenu différé au lieu de s'appuyer dessus comme salaire continué).

Puisque le syndicalisme s'est avéré être welfariste et qu'il y avait de quoi s'en douter avant une large expérimentation historique, il y a eu une méfiance plus ou moins aiguë chez certaines personnes sur la capacité du syndicalisme d'accoucher in fine de la révolution souhaitée. Cela se retrouve notamment chez des personnes marxistes, pour lesquelles c'est au moins pour cela qu'un parti politicien est nécessaire, car celui-ci n'est pas sans cesse obligé de par sa forme de penser et d'agir ici et maintenant et serait donc plus susceptible que le syndicalisme (s'il en est) de porter un projet révolutionnaire jusqu'à la victoire.